TALON renoue avec les vielles méthodes de la dictature en Afrique.

 Depuis une vingtaine d’années, on nous présente ce pays comme un Etat «démocratique» où il y existe des institutions démocratiques; des élections sont aussi organisées régulièrement pour assurer une alternance à la tête de l’Etat. Détrompons-nous. Suite aux dernières élections législatives du 28 avril dernier, la révolte des masses béninoises en colères dans les rues de Cotonou vient  de montrer au monde entier  que la dictature n’avait pas été totalement vaincue dans ce pays. Cette mascarade électorale du dimanche 28 avril où l’autocrate Patrice Talon vient de nommer 83 députés avec la complicité d’une cour constitutionnelle dirigé par son ami  Joseph Djogbenou, le ministre de l’intérieur Saca Alafia, et de la justice Sévérin Quenum va rester gravée dans les mémoires du peuple béninois. Il faut le dire tout haut et fort que la répression de l’armée béninoise (une armée dite républicaine)  a été implacable. La presse locale parle même de plus cinq morts et des centaines de blessés graves. Une triste réalité.

Dix-huit ans après le coup de force de la clique Kérékou lors des élections présidentielles de mars 2001, le Bénin vient de renouer avec un nouveau coup de force électoral pour imposer la volonté d’un seul homme. L’illustration des élections législatives du 28 avril dernier confirme une chose: l’’élève Talon a bien assimilée les perfides leçons  du défunt dictateur Kérékou qui pendant les élections présidentielles de mars 2001 avait muselé la presse, agressé des citoyens sans défense.

Aujourd’hui, Talon et ses hommes de main ont égalé Kérékou en déchainant dans  tout le pays une répression aveugle, barbare contre les masses en colère; en coupant en plein jour les réseaux sociaux, l’internet et les moyens de communications. Une chose est sûre la clique à Talon a montré au monde entier  qu’ils sont les dignes héritiers de la dictature des Gnassingbé au Togo voisin. Dans ces conditions le peuple béninois se laissera malmener ? Voila la vraie question qui déterminera la suite de cette lutte contre l’instauration d’une dictature de ce pays.

Il est aussi affligeant et lamentable que ceux ou celles qui poussent des jérémiades contre les pratiques liberticides, anti-démocratiques de Talon, se sont eux-mêmes qui, au nom de la "rupture" et d’une certaine lutte contre la "recolonisation" du Benin, avaient donné des consignes claires pour voter et soutenir le candidat Talon contre un autre valet de l'impérialisme français. Cependant pour bien comprendre réellement ce qui se passe dans ce pays, il faut aussi analyser profondément les positions et pratiques des différents courants politiques qui avaient soutenu Talon avant, pendant et après les élections présidentielles de 2016.

En analysants ces faits, on remarque que dès son élection à la présidence, on en a vu ceux qui sont allés s’assoir illico presto dans des commissions de reformes institutionnelles et administratives pour quelques miettes et liards; on a également vu une fraction de la petite bourgeoisie et  la bourgeoisie bureaucratique à aller prendre des postes de responsabilités au sein de ce pouvoir autocratique qui était en train de prendre forme.

  Le moins qu’on puisse dire est que tous ces courants politiques (gauche ou de droite)  sont allés chercher -sans retenu- leur part du gâteau auprès de cet homme d’affaire sans scrupule. Cette corruption des politiciens et faux démocrates béninois a laissé un fameux boulevard à Talon.

Ainsi, il en a profité pour placer des hommes liges à tous les niveaux de l’appareil d’état et faire voter des lois antisociales contre la grève des fonctionnaires et travailleurs. Talon en a fortement abusé pour mettre les secteurs juteux de l'économie béninoise en coupe réglée. L’empire économique de cet homme d’affaire contrôle sans partage  l’économie béninoise à travers ses divers groupes (SDI, ATRAL, SODECO, SHB etc.)

Il en a profité pour modifier -sans aucune résistance- le code électoral et la charte des partis en augmentant la caution présidentielle à 250 MILLIONS de francs CFA (500.000 DOLLARS) pour tous ceux qui veulent briguer un mandat  présidentielle.  Il est clair  que cette  bagatelle somme de 250 000 000 de F CFA n’est pas à la portée de tous les béninois. Seuls ceux qui se sont servis dans les caisses du pouvoir ou bien ceux ou celles  qui participent à diverses trafiques, en tout genre,  peuvent  trouver une telle somme.

Dans ces conditions, il apparait que ce nouveau régime autocratique exclu définitivement les fils du peuple des élections en y instaurant un pouvoir  ploutocrate. Sans nul doute cette parodie d’élection du 28 avril va permettre au sulfureux homme d’affaire Patrice Talon de consolider son pouvoir dans le but de suivre le sens du vent en Afrique où des autocrates de son acabit sont entrain de modifier à leurs guises les constitutions et autres lois fondamentales.

Pour les démocrates en Afrique, la démocratie à la béninoise fait partie d'une simple mystification entretenue et financée de longue date par l'impérialisme international pour détourner sur une voie électorale les légitimes luttes des masses au Bénin et dans la sous région. La plus grande leçon que nous devons retenir de cette situation politique qui prévaut au Bénin c’est que l’alternance dans un régime néocolonial n’a rien à voir avec une véritable lutte pour la démocratie et la souveraineté. Nous demeurerons convaincus que la vraie lutte pour la démocratie exige, en effet, un bouleversement total dans tous les domaines : politique, économique, social, culturel et moral.

Bruxelles, le 5 mai 2019

La rédaction de FM Togo Démocratie